Technique : une frontière à la créativité ?

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Technique : une frontière à la créativité ?

Par Sébastien Lavallée

 

Dans la tempête... Photo : Sébastien Lavallée

Dans la tempête... Photo : Sébastien Lavallée

Posez la question à un photographe : «Comment photographier telle situation?» La réponse, aussi surprenante que cela puisse paraître, sera bien souvent: «Ça dépend.» Sans vouloir insinuer que les règles sont faites pour être brisées, comme on l’entend bien souvent, je trouve parfois triste que la technique soit LA frontière brimant la créativité. *

«C’est bien, ta photo respecte la règle des tiers.» Lorsque je l’entends celle-là, ma première réaction est toujours : «Quoi, elle est si plate que ça ma photo?» Pas que cette bien connue règle des tiers ne soit pas importante, mais si cela est la seule idée qui vient en tête à la vue de l’image, aussi bien l’effacer de mon disque dur (ou détruire le négatif, c’est selon…) Je pourrais donner le même exemple avec chacune des règles d’or de la photographie de même que certains traitements de l’image («Wow… belle saturation des couleurs !»)

Pourquoi est-ce si étrange? Pour l’expliquer, je pourrais donner l’exemple de la peinture. A-t-on jamais reproché à Jackson Pollock de ne pas savoir peindre? Pourtant, il touchait rarement à un pinceau : difficile alors de juger de sa façon d’utiliser l’outil ! C’est pourquoi la plupart des photographes répondront un imprécis «ça dépend» à vos questions d’ordre technique. Il n’y a pas UNE façon de photographier, mais simplement de la photographie. Le reste est propre à chacun. Peut-on se fier à un posemètre? Tout dépend de l’ambiance que vous voulez rendre, il peut parfois être nécessaire d’oublier l’existence d’une exposition «parfaite». Un visage présent entre le deuxième et troisième tiers verticale d’une image doit-il porter son regard vers notre gauche? Pas nécessairement, l’inverse pourrait montrer une sorte d’absence, de mélancolie. La liste pourrait être longue…

La toute première photographie sur laquelle j’ai vraiment travaillé était un tirage noir et blanc à partir d’un négatif 35 mm. J’y ai mis presque une dizaine d’heures et j’ai obtenu une note parfaite pour le tirage finale, dans le cadre de mon cours, avec un sujet terriblement banal (pour l’anecdote, ma mère possède toujours cette photo dans un cadre… et je déteste toujours autant le sujet !) Pourquoi y ai-je mis autant de temps? Parce que le professeur ne nous disait pas d’utiliser un filtre de contraste 3 ou de sous-exposer telle partie : il donnait son avis sur le résultat final. J’ai donc procédé par essais et erreurs pour arriver au «bon» résultat, remarquant à chaque épreuve «ratée» l’effet des manipulations.

L’important, lorsqu’il s’agit de technique, n’est pas de savoir suivre les règles, mais de connaître pourquoi elles existent. Il faut savoir à quoi ressemble une image aux niveaux de contraste bien balancés pour savoir en tirer profit en les augmentant ou en les diminuant, mais il ne faut surtout pas se borner à une quête éperdue de l’image techniquement parfaite. La seule façon de faire évoluer un art, c’est de modifier la façon dont on le pratique, d’y poser un regard subjectif. À quoi bon produire cette image à laquelle aucun nom ne peut être associé, de laquelle, par une technique froidement appliquée, aucune subjectivité ne transparaît?

 

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