Pour un retour de la naïveté

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Pour un retour de la naïveté

Par Sébastien Lavallée

Il est beaucoup question d’argent lorsque l’on traite le sujet de la photographie. Beaucoup trop. Certains croient que les coûts d’exploitation d’une entreprise dans le domaine photographique ne dépasse pas le coût du matériel à acheter, d’autres comprennent mal, en faisant le calcul, qu’un photographe ait un «salaire horaire» aussi astronomique. Pourtant, la réalité est loin d’être aussi simple.

Du point de vue du photographe

Je ne suis pas prêt à dire que cela vient d’une démocratisation de l’image: n’est pas photographe qui s’achète un appareil photo. Par contre, la valeur du produit photographique en a visiblement souffert lorsque l’on constate la réaction des gens face à des factures de contrats commerciaux. Dans cet article, c’est surtout les commentaires qui me font sursauter, pas la facture elle-même: si Paul Couvrette peut «vendre» ses services à ce prix, c’est qu’il a des raisons pour le justifier: le montant total n’explique pas tout par lui-même.

Dans les commentaires, à part des «payeurs de taxes» mécontents, on retrouve aussi de ces personnes qui croient que tout ce que cela prend pour faire une photo de ce type c’est… un appareil. C’est l’équivalent que de dire que tout ce que ça prend pour être architecte, c’est un crayon, ou des mains pour être pianiste. Le photographe possède une renommée, un style et des possibilités techniques qui lui sont propres. Ces particularités sont prisent en considération lors de l’élaboration de la charte des coûts (en plus des dépenses du photographe en assistant, matériaux, etc.)

Il est normal, pour des citoyens, d’avoir accès et de critiquer les dépenses d’un gouvernement. C’est une question de transparence et de respect de ses électeurs de rendre publiques ces dépenses, aussi. Par contre, on ne peut juger des frais d’un photographe sans en avoir décortiqué les différentes facettes de la facture.

De tout, pour tout le monde

Pour voir le problème d’un autre angle, j’aimerais mentionner un fait soulevé par mon collègue Claude sur son blogue personnel: les budgets sont variables et les photographes pour correspondre à ces budgets existent. La même photo, prise pour votre oncle ou prise pour une multi-nationale, n’aura pas la même valeur. Un photographe sait s’ajuster en fonction de ces facteurs, mais sait aussi que si une grande compagnie ou une personnalité importante l’approche pour des services photographiques, c’est qu’il doit avoir cette valeur, cette renommée que les autres n’ont pas.

En gardant cette idée en tête, il ne faut pas s’étonner que certains photographes gagnent plus d’argent: ils ont beaucoup plus d’expérience pour justifier ce salaire. Il faut plutôt trouver la bonne chaussure à son pied, le photographe qui concordera à votre prix ET à vos besoins. La demande sera toujours plus forte que l’offre, de toute façon.

… et la naïveté?

J’y arrive!

En fait, c’est le mot le plus juste que j’ai pu trouver pour exprimer ce désir qu’ont certains photographes d’être au service de leurs images. Ce qui fait qu’un photojournaliste recherchera l’image qui changera le monde, que le portraitiste recherchera à capter l’âme d’une personne en photo ou que le photographe de nature recherchera la meilleure lumière pour un endroit spécifique, quitte à y attendre des heures.

J’aimerais voir plus de cette attitude particulière, que les photographes de métier ne se voient plus comme des hommes d’affaires avec un appareil photo (même si c’est un aspect indéniable de leur travail). J’aimerais voir plus de ces Chase Jarvis ou de ces Jocelyn Michel (et bien d’autres), qui travaillent beaucoup, mais ne perdent jamais de vue la raison pour laquelle ils font ce qu’ils font et qui cherchent toujours à innover et à multiplier les projets personnels, qui carburent à la créativité.

Par dessus tout, j’aimerais que l’on retrouve cette naïveté de croire que tout n’a pas encore été fait et que ce que l’on réalise n’aurait pas pu être créé par un autre que nous.

À manger, s’il-vous-plaît!

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À manger, s’il-vous-plaît!

Par Sébastien Lavallée

Ma théorie est qu’en principe, toute bonne chanson doit parler de la température, mentionner les noms des villes et des rues et quelque chose à bouffer, dit Waits. Tu ne peux pas mettre des gens dans tes chansons et ne pas leur donner à bouffer! Tu es en train de créer un univers et tu invites les gens à l’explorer, alors tu dois leur donner quelque chose à faire une fois rendus.

– Tom Waits ( Le rat des champs, une entrevue accordée à Melora Koepke pour le Voir, 7 octobre 2004)

 

Assiette, couteau, fourchette (© Infocale, 2010)

J’ai parlé de technique et de créativité déjà, ça, c’est fait! Par contre, j’ai omis un autre aspect tout aussi important, mais beaucoup plus difficile à cerner. Il s’agit du sujet photographié lui-même, ce qui se déroule devant les yeux de celui qui regarde le fruit de votre travail. Personnellement, la citation que j’ai ajoutée au début de cet article, provenant du musicien bien connu Tom Waits, me revient souvent en tête lorsque je fais de la photographie, que ce soit un shooting «créatif» ou la couverture d’un événement: les gens doivent avoir quelque chose à se mettre sous la dent!

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Technique : une frontière à la créativité ?

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Technique : une frontière à la créativité ?

Par Sébastien Lavallée

 

Dans la tempête... Photo : Sébastien Lavallée

Dans la tempête... Photo : Sébastien Lavallée

Posez la question à un photographe : «Comment photographier telle situation?» La réponse, aussi surprenante que cela puisse paraître, sera bien souvent: «Ça dépend.» Sans vouloir insinuer que les règles sont faites pour être brisées, comme on l’entend bien souvent, je trouve parfois triste que la technique soit LA frontière brimant la créativité. *

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À propos de «l’urgence de faire»

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Les motivations du photographe

New York, Janvier 2010

La garde devant, impossible de voir plus loin que le bout de son nez. (© Sébastien Lavallée, 2010)

Un petit mot un peu différent cette fois-ci, plus personnel. Je suis un lecteur du blogue LIGHTING ESSENTIALS et je suis tombé sur cette entrée aujourd’hui: A Sense of Urgency. Are You Demanding More Of Yourself?

Ce que ce billet a de si particulier est qu’il met, selon moi, le doigt exactement sur ce que devrait être un photographe: il faut sentir ce besoin de «faire», de sortir et photographier (en plus de citer Leonard de Vinci et Yoda dans le même texte). Cela est vrai pour tous les photographes, de l’amateur au professionnel qui a 40 ans de métier. Ce désir de «faire» doit être présent, c’est ce qui garde en forme, ce qui aère notre art. En laissant de la place à l’imprévu, à l’inconfort, on comprend mieux quelle direction prendre et c’est la créativité qui en sort gagnante. Continue reading