Relativité du temps

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Moins de 200

La photographie a été inventée en 1839. En fait, elle a été présentée à l’Académie des sciences (France) cette année-là. Moins de 200 ans, donc, depuis l’époque où une image prenait plusieurs heures d’exposition. Pour nous, cela semble incroyablement loin, mais en fait il ne s’agit là qu’une fraction de seconde si l’on compare à la peinture, la sculpture, le théâtre, etc.

Ce que j’essaie de vous dire: la photographie est jeune, très jeune. Qu’on entende (ou lise) certaines personnes parler des «problèmes qu’apporte la photographie moderne» ou de la démocratisation de la photographie me fait toujours bien rigoler dans la mesure où la photographie ne se démocratise pas, les gens sont simplement plus au courant du processus maintenant qu’il n’y a plus de méchants produits chimiques à utiliser. Le dessin est facile à comprendre en tant que procédé, mais n’est cependant pas dessinateur qui sait tenir et faire «fonctionner» un crayon.

Sur ce sujet, cet article (en anglais) du blogue de Leica de Gregory Simpson pose les bonnes questions: et si la plus belle époque de la photographie, celle où elle se réinvente vraiment, était encore à venir? Cette époque où l’on différencie l’exécutant (celui qui appuie sur un bouton pour enclencher un mécanisme) de celui qui crée vraiment quelque chose de nouveau. Selon cette idée, plus la notion d’une bonne image et de son fonctionnement technique sera démocratisée, plus les personnes seront en mesure de comprendre ce qui constitue une bonne image, de différencier un trait de crayon d’un chef-d’oeuvre, une liste d’épicerie d’un roman intemporel. N’oubliez pas que l’être humain a la fâcheuse habitude de croire que son époque est au sommet d’une certaine évolution technique, alors qu’il n’en est rien, et que la photographie est encore parfois perçue, comme à ses débuts, comme un simple moyen d’enregistrer le réel.

Un peu plus de 10

Photo de mon père au téléphone dans sa chambre il y a environ 11 ans. (© Sébastien Lavallée)

Pendant une discussion téléphonique avec ma mère…

– As-tu une bonne photo récente de ta soeur?

– Je ne sais pas… Il faudrait que je regarde, mais je ne crois pas.

– Ah… Parce qu’elle me le demandait: elle voudrait que je change sa photo sur le mur.

– Je m’en occuperai la prochaine fois qu’on se voit, alors!

Je n’ai pas l’habitude de parler trop trop de ma vie personnelle sur ce blogue, mais cette année, en fait depuis deux semaines, cela fait dix ans que mon père est décédé. Étant une personne plutôt nostalgique (pas dans le mauvais sens du terme, mais plutôt dans le sens de «qui aime bien se remémorer son passé»), comme cet anniversaire coïncide aussi avec la fin de mon secondaire, cela fait beaucoup de passé à se rappeler. La photographie a ce pouvoir d’être liée à ces moments précis de votre vie. Normalement, on se sent étranger à l’image (plus les années défilent, moins on se souvient du moment où elle a été prise), mais lorsque, en tant que photographe, on fait l’image soit même, un lien se crée, on se souvient avoir pris l’image plus facilement et, parfois même ce à quoi l’on pensait. Je n’ai pas eu la chance de faire beaucoup de photos de mon père. Celle-ci, plus haut, et cette autre image, plus bas, sont les seules que je me souvienne avoir prises moi-même. Pourtant, je pense beaucoup plus à ces images qu’à n’importe quelle autre de lui. Peut-être parce qu’elles renferment ce petit quelque chose de mystérieux. Peut-être parce que je me souviens avoir voulu faire une photo de type un peu reportage de ce sujet pour lequel j’avais (et j’ai toujours) un profond respect. Je me souviens cependant qu’il restait deux poses à la pellicule dans l’appareil et que c’est ce que j’en ai fait.

Photo de mon père au téléphone dans sa chambre il y a environ 11 ans. (© Sébastien Lavallée)

Une chance que d’autres ont fait des images plus réussies de mon père puisque ce serait très triste de ne plus avoir d’images à montrer à ceux de la famille qui l’ont moins bien connu. Cela va aussi de pair avec une phrase que mon père m’a dite le jour où je lui ai dit que je voulais étudier en musique (oui, oui: j’y avais songé… J’ai changé pour Cinéma et communications par après). Il m’a dit: «Si tu veux étudier en musique, tu peux, mais tu devras devenir un cr#$%? de bon musicien!» Je ne suis pas musicien, je suis photographe, mais j’essaie du mieux que je peux d’appliquer ce que mon père m’a appris avec cette phrase. Le métier de photographe est difficile, oui, comme tout autre métier comporte son lot de problèmes, mais j’essaie, à chaque jour, de faire en sorte d’être meilleur, de m’améliorer. C’est une bonne chose puisque la photographie n’a pas fini d’évoluer et il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre! Il faut dire que j’ai fait pas mal de chemin depuis ces deux images!

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Projet photo

Concernant mon prochain projet photographique, j’ai déjà pas mal de futurs participants qui se sont manifestés, mais ne vous gênez pas si cela vous intéresse: il y a encore de la place!

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