Je vous complimente : souriez !

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Je vous complimente: souriez !

Par Sébastien Lavallée

 

Nous vivons dans un monde bourré de paradoxes: d’un côté, les gens n’ont jamais autant partagé, de façon ouverte (grâce à Facebook et autres réseaux sociaux), de détails sur leur vie privée et, de l’autre, ils craignent que leur image soit utilisée contre leur gré.

Voilà la question d’aujourd’hui: a-t-on raison de craindre le photographe urbain? Celui que l’on croise au tournant d’un trottoir ne nous veut-il que du bien? Vous évitant la question du droit à l’image, puisque très complexe et n’empêchant en rien la prise de photo comme telle (nous y reviendrons peut-être), le problème peut cependant avoir été engendré tant par les «victimes» que par les photographes eux-mêmes.

Imaginez: vous marchez sur la rue et vous croisez un étranger. Celui-ci s’arrête, vous lance un large sourire et continue son chemin. Que retenez-vous de cette rencontre? Des questionnements, vous doutez peut-être des intentions de l’inconnu et vous vous poserez ces questions pendant encore quelques minutes. Maintenant, comment auriez-vous réagi si cette personne vous avait photographié? Quelques-uns s’en fâcheront, d’autres seront flattés, mais peut-être imagineriez-vous aussi les pires intentions de la part de cette personne.

«Tu vas mettre ça sur Facebook !?!»

Je l’ai entendu souvent: «À l’époque de Henri Cartier-Bresson c’était beaucoup plus simple: Internet n’existait pas !» Cette excuse n’est pas vraiment valable, mais contient un bout de vérité. Les choses ont changées depuis Cartier-Bresson, mais ce n’est cependant pas Internet qui en est la cause. Il y a simplement, maintenant, plus de photographes utilisant cet outil pour montrer leurs images, mais qu’en est-il de leurs intentions?

Je crois qu’il ne faut pas généraliser: ce n’est pas tous les photographes qui ont des intentions malhonnêtes, bien au contraire. Ceux qui vous font face, qui ne se cachent pas, ont bien souvent que de bonnes intentions. Pourquoi ne pas voir ce marcheur/photographe comme cet inconnu vous souriant? Depuis quand n’est-il plus flatteur pour l’égo que quelqu’un vous prenne en photo? Je ne parle pas ici de ceux qui «volent» des photos, mais bien plutôt de ceux qui glanent au gré des hasards, qui se surprennent des rencontres que la ville peut offrir.

Plutôt que de vous insurger, discutez avec cette personne qui vous fait ce compliment (puisque s’en est un). Sautez sur l’occasion de répondre, puisque de ce dialogue la photo en est le point tournant: «Vous êtes unique: je voudrais immortaliser le tout en photo.» Le photographe devrait, à tout coup, être prêt et attendre ce dialogue.

Le syndrome du paparazzi

Photographes: cessez de vous cacher ! Sortez de derrière de votre coin bien sécuritaire et osez ! Rangez cette 70-200 et utilisez plutôt un objectif 50 mm ou plus court. Si vous voulez obtenir des réactions plus positives, vous devez percevoir votre appareil comme ce sourire échangé entre deux inconnus. Vous vous dites que l’inconnu doutera de vos intentions, il doutera alors de vos intentions: le doute viendra de votre attitude. N’ayez pas peur d’établir un contact avec les gens ensuite, de leur parler et de discuter de vos projets: ce type de photo est d’abord axé sur les rapports humains !

Je parlais de dialogue, un dialogue sous-entend deux personnes ! Baissez votre garde (et votre appareil), souriez à la personne et faite preuve de courtoisie. Cela aidera probablement la cause des photographes en séparant les mal-intentionnés des photographes aguerris. Si vous ne pouvez parler à un inconnu, changer de passe-temps. Demandez-vous: qu’est-ce que je recherche par cette démarche? De l’unicité, de l’humain et non pas du passif et du prévisible.

Dans le fond, peut-être que le malaise provient simplement du fait que l’on ne sait que faire d’un «sourire» partagé sans raison, mais une chose est certaine: la photographie urbaine peut être faite dans le respect si chacun y met du sien et ne craint pas le dialogue.

Et vous, qu’en pensez-vous? Comment réagiriez-vous si un photographe vous prenait en photos sur la rue? Quelle est votre façon d’approcher les gens en tant que photographe?

8 thoughts on “Je vous complimente : souriez !

  1. Alexandre

    L’auteur de ce blogue http://www.thesartorialist.blogspot.com/ a créé un livre sur les photos de rue qu’il a pris. J’ai trouvé ça pas mal intéressant à regarder.

    Je crois que le but premier est de parler de la mode qu’on voit dans les rues mais je trouve qu’il y a quelque chose de plus.


    • Intéressant ! J’avais vu un projet similaire fait au Japon une fois… je ne me souviens plus du nom du photographe par contre.

      Moi, c’est Matt Stuart que j’affectionne particulièrement dans ce style: http://www.mattstuart.com/


  2. Belle réflexion Sébastien. Le malaise que tu décris est normal. Il vient de la société, de notre éducation et plus récemment du syndrome de la peur. Le photographe est mal à l’aise car il se demande ce que les gens penseront s’il se met soudainement à photographier tout le monde. La photographié(e) se demande quelles sont les vraies intentions du photographe. Il y a un climat de méfiance de part et d’autre. C’est naturellement au photographe de prendre l’initiative et de demander. À cet effet, Jean Lapointe peut nous servir une belle leçon car la semaine dernière, il a fait toute une série de photos de parfaits inconnus. Les résultats sont superbes mais en premier Jean possède cette habileté d’approcher les gens et les mettre très à l’aise. Ce n’est pas donné à tous les photographes.

    Le photographe tient dans ses main l’outil de la projection de son propre moi. Tu as bien raison que son degré d’assurance (à bien distinguer de “arrogance”) sera ressenti par le photographié(e) alors qu’un objectif gros comme sa tête le vise en plein coeur. Cela demande une humilité de part et d’autres et surtout laisser tomber ses peurs de ce que l’autre pensera. La méfiance disparaîtra et il faut se dire que le pire qui peut arriver c’est que le photographié dise non.


  3. Il y a du vrai dans ce que tu dis, mais je ne parle pas de demander aux gens leur autorisation avant de prendre une photo, dans ce cas ce serait du portrait et non de la photographie de rue. J’ai tenté d’expliquer qu’il est possible de faire comprendre nos intentions sans jamais prononcer un seul mot avant de faire la photo. Après avoir capté le moment, certaines personnes passeront leur chemin, mais d’autres auront la nécessité de discuter.


  4. Oui, c’est un paradoxe intéressant qui m’intrigue assez : pourquoi s’exposer de façon démesurée et refuser la photographie, de façon presque systématique ?

    http://davidikus.blogspot.com/

    • Nathalie Fortin

      Je me demande si c’est pas seulement parce qu’on ne peut le contrôler? Je peux décider du status que je met sur Facebook et des photos que j’y publie. Mais si quelqu’un d’autre prends une photo de moi, la publie et que je ne m’aime pas sur la photo? Nous sommes souvent très critique de nous même. N’est-ce pas là la raison de notre pudeur subite?


      • Pas vraiment: la plupart des gens acceptent beaucoup plus d’accroc à leur image provenant d’amis et d’eux-mêmes par rapport à la réaction qu’ils ont devant un photographe de rue. Qu’est-ce que c’est qu’une photo dans un cadre contrôlé (on s’entend que personne ne se promène sur la rue sans un certain contrôle de leur image: vêtements, maquillage et autres) en comparaison avec des détails sur ta vie privée comme ton courriel, ta date de naissance et les noms de ta famille et amis. La liste ne s’arrête pas là en plus. Certains peuvent même être suivi pas à pas avec des applications comme Foursquare !

  5. Pingback: Photographie urbaine : Trucs et conseils | Infocale.ca

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