Et ça, c’est original?

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Sur la 417, entre Montréal et Ottawa, 20 février 2011 (© Sébastien Lavallée)

Entre Montréal et Ottawa

Un ami m’a posé la question l’autre jour: «Comment faites-vous [les photographes] pour créer des images originales?» J’ai trouvé la question plutôt complexe et je dois avouer que je ne sais pas si ma réponse a été à la hauteur de ses espérances.

Ma réponse: nous n’en créons pas. Rien n’est vraiment nouveau. Jamais.

Plutôt dur comme constat? Peut-être, mais laissez-moi d’abord m’expliquer. L’originalité, au fond, ne tient pas tant à montrer quelque chose de nouveau à l’ensemble des êtres humains sur la planète, mais plutôt à montrer à un public ciblé quelque chose qu’il n’a pas l’habitude de voir. C’est l’art subtil de réutiliser, de transformer, pour surprendre avec une proposition qui sort des «cadres établis». En fait, vous surprendrez en montrant une orange à ceux qui, jusqu’ici, n’avaient vu que des pommes!

C’est en cela, je crois, que réside la vraie créativité: se questionner sur la façon «habituelle» de présenter une idée pour en utiliser une complètement différente remplissant le même mandat. Cela explique pourquoi, bien souvent, plusieurs personnes obtiennent des résultats semblables dans un processus créatif dans un lieu et une époque précise: ils ont les mêmes influences.

«C’est bien beau tout cela, mais où veux-tu en venir?»

Je suis toujours surpris par ceux qui disent «Un tel m’a copié!»: il suffit d’un bref coup d’oeil dans les livres d’histoire de la photographie pour retrouver, au fil du temps, une composition similaire, un jeu de lumière semblable. La photographie n’a jamais changé: les réglages sont toujours les mêmes. La lumière non plus n’a pas changé: elle se comporte toujours de la même façon. Les astuces d’éclairages utilisées de nos jours sont les mêmes que les peintres utilisaient il y a plus de deux siècles. Connaître cette histoire, savoir d’où nous venons en tant que photographes, nous force à constater que pour être vraiment original… il faut accepter qu’il est impossible de l’être vraiment! Cela aide aussi drôlement à arrêter de s’imaginer que l’on passe notre temps à «copier»!

Il ne faut pas non plus négliger le fait que l’on comprend ce que l’on voit en fonction de tout ce que nous avons vu auparavant: une scène d’un film faisant référence à un autre film ou même un livre, n’aura pas le même impact si nous ne connaissons pas ces autres incarnations. À l’opposé, nous pouvons tout aussi bien voir dans le hasard d’une similarité une «copie» d’une autre oeuvre… alors que son auteur n’a jamais pris connaissance de cette oeuvre!

Ce qu’il nous restera toujours, cependant, est le fait qu’aucune idée ne peut être la propriété d’une seule personne. Il est important de se libérer de ces craintes de «copier» ou de se «faire copier» pour créer quelque chose qui semblera vraiment nouveau.

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